LA CHASSE AU LIONS

Kids, Fiction, Action/Adventure, Teen
Cover of the book LA CHASSE AU LIONS by ALFRED ASSOLANT, GILBERT TEROL
View on Amazon View on AbeBooks View on Kobo View on B.Depository View on eBay View on Walmart
Author: ALFRED ASSOLANT ISBN: 1230000213397
Publisher: GILBERT TEROL Publication: January 27, 2014
Imprint: Language: French
Author: ALFRED ASSOLANT
ISBN: 1230000213397
Publisher: GILBERT TEROL
Publication: January 27, 2014
Imprint:
Language: French

Lui, c’était Pitou ; moi, c’était Dumanet. Lui ne reculait jamais ; moi j’avançais toujours. À nous deux nous faisions la paire, comme disait le capitaine Chambard, de Montpellier, qui s’y connaissait.

Un jour donc, que nous étions assis tous les deux, Pitou et moi, dans la cantine de la veuve Mouilletrou, du 7e de ligne, pour lors en garnison à Bakhara — pas loin d’Alger, deux cents kilomètres — voilà que je me mets à bâiller comme une huître au fond de la mer.

Pitou, qui roulait sa cigarette entre ses doigts, la pose sur la table et me regarde d’un air étonné.

Vous n’avez jamais vu Pitou étonné ? C’est ça qui vous étonnerait !

D’abord, ça ne lui arrive presque jamais… oui ; mais quand ça lui arrive, il écarte ses dix doigts, qui sont faits comme dix boudins ; il ouvre sa bouche en forme de four de boulanger et ses yeux presque ronds comme la lune dans son plein.

C’est sa manière de laisser entrer les idées.

Il me dit :

« Dumanet ! »

Moi je lui répliquai :

« Pitou !

— Tu t’ennuies ?

— Oui. Pitou.

— Ah ! »

Il réfléchit pendant cinq minutes — le temps de fumer sa cigarette — et reprit :

« Dumanet !

— Pitou !

— Tu t’ennuies donc ? …

— Ah ! pour sûr ! … Et toi ?

— Pas moi.

— Pitou, tu es bien heureux. C’est que tu es philosophe. »

Il me dit encore :

« Dumanet, qu’est-ce que c’est que ça, un philosophe ?

— Parbleu ! tu le vois bien. C’en est un qui s’amuse quand les autres s’ennuient. »

Il secoua la tête :

« Dumanet, je ne m’amuse pas.

— Alors tu t’ennuies ?

— Non.

— Qu’est-ce que tu fais donc ?

— Je vis… Et toi ?

— Moi aussi, Pitou. Mais je voudrais quelque chose de mieux.

— Quoi donc ?

— Je voudrais faire parler de moi dans les gazettes.

— Comme Napoléon à Sainte-Hélène ?

— Tout juste, Pitou… comme Napoléon à Sainte-Hélène, et aussi à Austerlitz.

— Tu veux être empereur, alors ?

— Non, non, Pitou. Mais je voudrais qu’on parlât de moi comme d’un empereur. Ça ferait plaisir au père Dumanet, qui mettrait ses lunettes, là-bas, au coin du feu, pour lire dans les papiers publics que je suis un homme fameux.

— Dumanet, Dumanet, l’ambition te perdra. »

View on Amazon View on AbeBooks View on Kobo View on B.Depository View on eBay View on Walmart

Lui, c’était Pitou ; moi, c’était Dumanet. Lui ne reculait jamais ; moi j’avançais toujours. À nous deux nous faisions la paire, comme disait le capitaine Chambard, de Montpellier, qui s’y connaissait.

Un jour donc, que nous étions assis tous les deux, Pitou et moi, dans la cantine de la veuve Mouilletrou, du 7e de ligne, pour lors en garnison à Bakhara — pas loin d’Alger, deux cents kilomètres — voilà que je me mets à bâiller comme une huître au fond de la mer.

Pitou, qui roulait sa cigarette entre ses doigts, la pose sur la table et me regarde d’un air étonné.

Vous n’avez jamais vu Pitou étonné ? C’est ça qui vous étonnerait !

D’abord, ça ne lui arrive presque jamais… oui ; mais quand ça lui arrive, il écarte ses dix doigts, qui sont faits comme dix boudins ; il ouvre sa bouche en forme de four de boulanger et ses yeux presque ronds comme la lune dans son plein.

C’est sa manière de laisser entrer les idées.

Il me dit :

« Dumanet ! »

Moi je lui répliquai :

« Pitou !

— Tu t’ennuies ?

— Oui. Pitou.

— Ah ! »

Il réfléchit pendant cinq minutes — le temps de fumer sa cigarette — et reprit :

« Dumanet !

— Pitou !

— Tu t’ennuies donc ? …

— Ah ! pour sûr ! … Et toi ?

— Pas moi.

— Pitou, tu es bien heureux. C’est que tu es philosophe. »

Il me dit encore :

« Dumanet, qu’est-ce que c’est que ça, un philosophe ?

— Parbleu ! tu le vois bien. C’en est un qui s’amuse quand les autres s’ennuient. »

Il secoua la tête :

« Dumanet, je ne m’amuse pas.

— Alors tu t’ennuies ?

— Non.

— Qu’est-ce que tu fais donc ?

— Je vis… Et toi ?

— Moi aussi, Pitou. Mais je voudrais quelque chose de mieux.

— Quoi donc ?

— Je voudrais faire parler de moi dans les gazettes.

— Comme Napoléon à Sainte-Hélène ?

— Tout juste, Pitou… comme Napoléon à Sainte-Hélène, et aussi à Austerlitz.

— Tu veux être empereur, alors ?

— Non, non, Pitou. Mais je voudrais qu’on parlât de moi comme d’un empereur. Ça ferait plaisir au père Dumanet, qui mettrait ses lunettes, là-bas, au coin du feu, pour lire dans les papiers publics que je suis un homme fameux.

— Dumanet, Dumanet, l’ambition te perdra. »

More books from GILBERT TEROL

Cover of the book Histoire de deux peuple by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Le Parfum des îles Borromées by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book La Mort de la Terre by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Le théâtre et son double by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book DANTE N'AVAIT RIEN VU by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Pot Bouille (1882) by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Revue pour les Français janvier 1906 by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Les Deux Frères by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book L‘arriviste by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book LES DIABOLIQUES by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Quatre mois en Russie pendant la guerre by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book De la sagesse by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Les Catacombes by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book La Femme de trente ans by ALFRED ASSOLANT
Cover of the book Relation d'un voyage chez les Sauvages de Paris by ALFRED ASSOLANT
We use our own "cookies" and third party cookies to improve services and to see statistical information. By using this website, you agree to our Privacy Policy