La Corvée

Fiction & Literature, Literary
Cover of the book La Corvée by JEAN FERON, GILBERT TEROL
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Author: JEAN FERON ISBN: 1230000212890
Publisher: GILBERT TEROL Publication: January 25, 2014
Imprint: Language: French
Author: JEAN FERON
ISBN: 1230000212890
Publisher: GILBERT TEROL
Publication: January 25, 2014
Imprint:
Language: French

Mais Barthoud était plus irréductible que nombre d’autres de ses compatriotes ; d’une mentalité plus obscure, d’une nature plus sauvage, il passait pour plus haineux et plus brutal que tous les autres mercenaires étrangers. Sa haine pesait surtout sur Jaunart et, par ricochet, sur le père Brunel ; il semblait qu’il ne pût souffrir de voir ces deux hommes sympathiser et s’aimer. Il souffrait encore, semblait-il, pour savoir que Jaunart était fiancé à l’une des deux filles du père Brunel, celle qu’on appelait Mariette et qu’on disait jolie comme tout. Souvent il avait entendu Jaunart parler avec admiration de Mariette, et il n’avait pu s’empêcher de remarquer :

— À t’entendre, Jaunart, on croirait que les filles de ton pays surpassent les nôtres…

— Moi, Barthoud, je n’aime pas à dénigrer, les gens des autres pays ; mais une chose qui est bien sûre, tu ne m’amèneras jamais des vieux pays une fille qui soit aussi belle et aussi bonne que Mariette !

Barthoud éclatait d’un grand rire de mépris et s’éloignait, enrageant contre ce Jaunart qui avait toujours la réplique droite et irréfutable.

Il oubliait qu’il était le provocateur…

Au fait, jamais peuple ne fut plus provoqué que le peuple canadien, et c’est à douter que le peuple d’Irlande ait plus souffert la provocation que l’autre. Si l’on a blâmé les soulèvements et les rébellions et surtout ceux-là qui en ont été les acteurs directs, on a oublié de tenir compte des provocations qui ont suscité ces désordres. Et voici de pauvres paysans, bons de nature, paisibles et pacifiques… les voici enchaînés tels que des bagnards féroces et conduits au travail par des gardes-chiourmes. Quel crime avaient commis ces hommes ? Aucun. Ils ne pouvaient pas commettre de crimes, car fidèles à la religion et à ses enseignements, ils s’efforçaient de pratiquer les plus belles vertus. Dans les moments d’ébullition la voix digne de leurs prêtres les contenait. Mais leur nature humaine, comme les autres hommes de la terre, avait ses faiblesses, et ils n’avaient pas la force de souffrir, sans murmurer, comme l’Homme du Calvaire qu’on leur donnait en exemple ; et alors, quoique le cœur s’armât, quoique l’âme voulût puiser de patience et de résignation, le sang chauffait, et la chair sous les outrages éprouvait des soubresauts ; la colère grondait dans la muselière et souvent la flamme éclatait. Et si c’était crime de se rebeller contre l’injustice et la tyrannie, eh bien ! ces hommes pouvaient commettre ce crime ! Dans le cœur de ces paysans qui montaient vers les remparts dominant le faubourg, grondait l’orage, dans leurs regards brillait l’éclair, et cependant ils retenaient la débâcle…

— Halte ! commanda tout à coup l’officier de sa voix retentissante.

L’équipe s’arrêta.

On était à la brèche.

Un des soldats fit tomber la chaîne qui reliait « Les Glébards », et eux, en silence sans autre ordre de l’officier, d’un commun accord, se mirent au travail.

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Mais Barthoud était plus irréductible que nombre d’autres de ses compatriotes ; d’une mentalité plus obscure, d’une nature plus sauvage, il passait pour plus haineux et plus brutal que tous les autres mercenaires étrangers. Sa haine pesait surtout sur Jaunart et, par ricochet, sur le père Brunel ; il semblait qu’il ne pût souffrir de voir ces deux hommes sympathiser et s’aimer. Il souffrait encore, semblait-il, pour savoir que Jaunart était fiancé à l’une des deux filles du père Brunel, celle qu’on appelait Mariette et qu’on disait jolie comme tout. Souvent il avait entendu Jaunart parler avec admiration de Mariette, et il n’avait pu s’empêcher de remarquer :

— À t’entendre, Jaunart, on croirait que les filles de ton pays surpassent les nôtres…

— Moi, Barthoud, je n’aime pas à dénigrer, les gens des autres pays ; mais une chose qui est bien sûre, tu ne m’amèneras jamais des vieux pays une fille qui soit aussi belle et aussi bonne que Mariette !

Barthoud éclatait d’un grand rire de mépris et s’éloignait, enrageant contre ce Jaunart qui avait toujours la réplique droite et irréfutable.

Il oubliait qu’il était le provocateur…

Au fait, jamais peuple ne fut plus provoqué que le peuple canadien, et c’est à douter que le peuple d’Irlande ait plus souffert la provocation que l’autre. Si l’on a blâmé les soulèvements et les rébellions et surtout ceux-là qui en ont été les acteurs directs, on a oublié de tenir compte des provocations qui ont suscité ces désordres. Et voici de pauvres paysans, bons de nature, paisibles et pacifiques… les voici enchaînés tels que des bagnards féroces et conduits au travail par des gardes-chiourmes. Quel crime avaient commis ces hommes ? Aucun. Ils ne pouvaient pas commettre de crimes, car fidèles à la religion et à ses enseignements, ils s’efforçaient de pratiquer les plus belles vertus. Dans les moments d’ébullition la voix digne de leurs prêtres les contenait. Mais leur nature humaine, comme les autres hommes de la terre, avait ses faiblesses, et ils n’avaient pas la force de souffrir, sans murmurer, comme l’Homme du Calvaire qu’on leur donnait en exemple ; et alors, quoique le cœur s’armât, quoique l’âme voulût puiser de patience et de résignation, le sang chauffait, et la chair sous les outrages éprouvait des soubresauts ; la colère grondait dans la muselière et souvent la flamme éclatait. Et si c’était crime de se rebeller contre l’injustice et la tyrannie, eh bien ! ces hommes pouvaient commettre ce crime ! Dans le cœur de ces paysans qui montaient vers les remparts dominant le faubourg, grondait l’orage, dans leurs regards brillait l’éclair, et cependant ils retenaient la débâcle…

— Halte ! commanda tout à coup l’officier de sa voix retentissante.

L’équipe s’arrêta.

On était à la brèche.

Un des soldats fit tomber la chaîne qui reliait « Les Glébards », et eux, en silence sans autre ordre de l’officier, d’un commun accord, se mirent au travail.

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